Le coût du travail n’est pas le problème

Une des croyances les plus répandues parmi la doxa libertarienne ou néolibérale à la sauce UMP, Medef, Valls, Macron, appuyée médiatiquement par certains « journalistes » et « experts » qui squattent les plateaux télévisés, concerne le coût du travail qui serait en France trop élevé et qui serait la cause de la faible croissance et du fort taux de chômage hexagonaux.

Cette croyance repose sur le postulat suivant : plus le coût du travail est faible et plus les entreprises embauchent et sont compétitives ce qui booste la croissance et l’emploi. J’ai vérifié empiriquement ce postulat quasi incontesté parmi nos élites plus médiatiques que scientifiques en m’appuyant sur les données du bureau du travail américain, de la banque mondiale et de l’OCDE (des sources souvent citées par ces mêmes « élites » et qu’on peut difficilement suspecter de « gauchisme »). Voici les résultats.

Quelle relation entre coût du travail et PIB ?

J’ai d’abord regardé s’il existait une corrélation négative entre coût du travail horaire et PIB par habitant (c’est à dire plus le coût du travail est élevé plus la production de richesse est faible, c’est ce qui est supposé dans le postulat néolibéral) en utilisant les données des enquêtes du bureau du travail américain (BLS) de 1997 et 2011 croisées avec les données de la banque mondiale pour le PIB/hab. Pour être certain de mes conclusions j’ai construit trois graphiques selon qu’on regarde le coût du travail brut ou le coût du travail en parité de pouvoir d’achat, idem pour le PIB/hab.

 

coût1

 

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Première conclusion qui porte un gros coup de pied aux fesses de nos néolibéraux : s’il existe bien une corrélation celle-ci est positive et non pas négative : les pays ayant un coût du travail élevé sont aussi ceux qui ont le PIB/hab le plus élevé quelle que soit la mesure utilisée !

Quelle relation entre coût du travail et chômage ? 

Regardons maintenant la relation entre coût du travail et taux de chômage (pour le taux de chômage j’ai utilisé les données de l’OCDE). Ici, si le postulat néolibéral est vérifié, on doit obtenir une corrélation positive (plus le coût du travail est élevé, plus le chômage est élevé).

coût4coût5

Là encore non seulement la corrélation n’est pas confirmée (puisque le coefficient de corrélation est très faible), mais en plus on voit bien sur les graphiques qu’il existe de nombreux pays ayant un coût du travail élevé et un faible taux de chômage comparés à d’autres pays au coût du travail bien plus faible.

Bon bah vu que ça marche pas on essaie autre chose

Parce que je suis rigoureux, bien plus que nos néolibéraux médiatiques proclamés « experts » par des journalistes aussi peu rigoureux qu’eux, j’ai ensuite regardé s’il existait une relation entre la variation du coût du travail et la variation du PIB, du PIB/hab et du taux de chômage. Ainsi le postulat néolibéral deviendrait : plus le coût du travail augmente, moins la croissance est importante, plus le chômage augmente. Pour cela j’ai utilisé uniquement les données de l’OCDE sur la variation du coût du travail entre 1995 et 2014 en groupant par périodes de 5 ans (sauf la dernière) pour plus de lisibilité (1995-1999, 1999-2003, 2003-2007, 2007-2011, 2011-2014). Là encore, par soucis d’éviter les critiques méthodologiques j’ai tracé à chaque fois un graphique avec la variation du coût du travail brute donnée par l’OCDE et la variation corrigée de l’inflation.

Voici les différents graphiques obtenus :

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Là encore aucune corrélation, et même plutôt une corrélation que je qualifierais de semi positive : dans le quart supérieur droit, on voit qu’en mettant de côté quelques points, il y a une relation positive entre variation du coût du travail et variation du PIB/hab, ainsi des pays dont la variation du coût du travail est plus élevée ont aussi une variation du PIB/hab plus élevée que certains pays qui ont une variation du coût du travail plus faible. Remarquons également que les pays dont le coût du travail diminue sont des pays qui voient aussi le PIB/hab diminuer, stagner ou augmenter faiblement (sauf pour un).

Regardons maintenant la variation du PIB en fonction du coût du travail.

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Je ne m’attarderai pas, les conclusions précédentes étant toujours valables. Je passe donc à la relation entre variation du coût du travail et variation du taux de chômage. Ici selon le postulat néolibéral, elle devrait être positive (r>0).

coût11coût10

Encore une fois on s’aperçoit qu’il n’y a pas de corrélation significative, et encore une fois on voit qu’il existe de nombreux pays qui ont vu leur coût du travail augmenter de manière importante par rapport à d’autres, ont vu aussi leur chômage diminuer ou en tout cas ne pas trop augmenter par rapport à ces pays. On voit aussi que des pays dont le coût du travail a baissé ont connu une hausse du chômage. Deux phénomènes contradictoires, ce qui est le propre d’une absence de corrélation.

Conclusion

Malgré ce que nous assènent depuis des décennies la droite néolibérale, les pseudos socialistes aujourd’hui incarnés par Valls ou Macron qui, de facto, se trouvent dans la première catégorie, et toute la clique médiatique formée de journalistes à-plat-ventristes ou experts auto-proclamés, il n’existe aucune preuve selon laquelle un coût du travail élevé ou une hausse du coût du travail est néfaste à l’économie (on pourrait même conclure le contraire si on était espiègle). Bien entendu, cela ne signifie pas qu’au niveau d’une entreprise, une baisse du coût du travail ne conduira pas à une embauche, si le carnet de commande le permet, mais à l’échelle globale, macroéconomique, le résultat sera au mieux nul au pire néfaste, car ce qu’oublie de vous dire notre « élite », c’est que ce qu’on appelle le coût du travail ce sont les salaires qui permettent aux individus de consommer et donc aux entreprises de vendre leur production.

Cet « oubli » n’a rien d’étonnant lorsqu’on prend quelques minutes pour réfléchir à l’emploi des locutions « coût du travail » ou encore « charges sociales ». Ces expressions sont clairement orientées idéologiquement. Pourquoi ne pas utiliser les termes techniques, économiques et neutres correspondants, à savoir « prix du travail » ou « cotisations sociales » ? La réponse est évidente. Qui voudrait voir un coût augmenter ? Lorsqu’on parle de charge, ce qui nous vient immédiatement à l’esprit c’est de chercher à la diminuer. Une charge c’est négatif, c’est lourd, ça fatigue, il faut alléger bien sûr… Mais si on parle de prix, ou de cotisations, la perspective change. Bon, il est vrai que tout le monde a envie de voir le prix du pain, de l’essence, de l’électricité, diminuer. Mais en même temps chacun aimerait bien aussi voir le prix de sa voiture, de sa maison, augmenter ! C’est pour cela qu’employer le terme « prix » plutôt que le terme « coût » me semble plus neutre. Aussi, si vous vous trouvez en face d’un type qui vous fait la leçon en prétendant vouloir « valoriser le travail » tout en prônant une baisse des salaires, demandez-lui s’il pense que si le prix de son appartement ou de sa maison est divisé par deux il trouve que cela a valorisé son bien…

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