La vérité sur la flexibilité

A l’heure actuelle nous entendons beaucoup de voix (trop?) défendre une plus grande flexibilité du « marché du travail », ce qui serait selon elles un gage de création d’emplois et de baisse du chômage. Ces voix sont bien sûr toujours les mêmes : les Valls, Macron et toute la droite socialiste depuis longtemps convertie au néolibéralisme, les éditorialistes bien gras (Barbier, Giesgert, Olivennes, Calvi) et les experts auto-proclamés qui hantent leurs journaux toujours plus à la peine. Pourtant il suffit de quelques clics pour s’apercevoir que, comme pour la question du coût du travail , c’est une fumisterie.

Aucune relation entre flexibilité et taux de chômage

J’ai pris le temps (sans être grassement payé comme les individus sus-nommés) pour vérifier s’il existait une relation entre flexibilité et taux de chômage. Pour cela j’ai utilisé la base de données de l’OCDE concernant « la rigueur de protection de l’emploi » (cette enquête fournit des indices synthétiques censés mesurer la flexibilité (ou plutôt la rigueur de la protection de l’emploi (l’anti-flexibilité en somme)) comparée au taux de chômage. Voici les résultats : pour faciliter la lecture et parce que tout le monde s’accorde à nous dire que les réformes « structurelles » sur la flexibilité ont un impact dans le long terme, j’ai choisi de comparer les moyennes périodes par périodes et non pas année par année, d’abord des périodes de 5 ans puis des périodes de 10 ans entre 1985 et 2015.

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Dans les deux cas on s’aperçoit qu’il n’y a aucune relation significative entre flexibilité et taux de chômage (R trop proche de 0). Mais restreignons-nous à la période 1995-2015 :

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Ici, R est moins proche de 0, mais si relation il y a celle-ci est très faible. Tout au plus on peut constater que moins la flexibilité est grande, plus le taux de chômage est aléatoire, il peut être très bas comme il peut être très élevé, alors qu’une grande flexibilité assurerait un chômage relativement faible. Admettons-le par charité. On peut se demander si ce faible taux de chômage ne se paie pas par une pauvreté plus élevée.

Relation entre flexibilité et taux de pauvreté ?

Là encore j’ai pris les données de l’OCDE concernant le taux de pauvreté. J’ai utilisé deux mesures du taux de pauvreté. La première mesure le nombre de personne ayant un revenu inférieur à 50 % du revenu médian rapporté à la population totale, la seconde est analogue sauf qu’on s’intéresse au revenu inférieur à 60 % du revenu médian.

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Remarquons d’abord que le coefficient de corrélation R est plus élevé que dans les précédents graphiques (flexibilité/chômage) ! La corrélation est donc tout de même plus importante que celle entre flexibilité et chômage même si elle reste peu élevée. On constate également que les pays les plus flexibles ont également un taux de pauvreté élevé, ce qui confirme mon hypothèse selon laquelle si une grande flexibilité garantit un faible taux de chômage, elle garantit aussi un taux de pauvreté élevé.

Le cas de la France

Un des préjugés répandus par bon nombre d’homme politiques, éditorialistes amis du pouvoir, ou encore experts auto-proclamés, concerne le fossé supposé entre ce qu’ils nomment « insiders » et « outsiders » au marché du travail. En Français, cela signifie que les salariés en CDI serait trop protégés, ce qui n’inciterait pas les entreprises à embaucher ou bien à embaucher uniquement en contrat précaire. Voilà comment par un tour de passe-passe rhétorique, on fait porter la responsabilité du chômage et de la précarité non pas sur les entreprises qui sont pourtant celles qui licencient et embauchent, mais sur les salariés. C’est une variante du classique « diviser pour mieux régner ». Mais là encore cette idée reçue ne résiste pas à l’analyse. En effet, s’il est vrai que la protection des salariés en CDI en France est un peu supérieure à la moyenne ou la médiane de l’OCDE (2,6 contre 2,1), l’écart à la moyenne est bien plus faible que lorsqu’on regarde la protection des salariés en contrat précaires (CDD, intérim, par exemple). Pour la France l’indice de protection de ces salariés précaires est de 3,75 contre 2,1 pour la moyenne ou la médiane des pays de l’OCDE. Difficile dans ces conditions de soutenir que le chômage français et la précarité serait causés par une trop grande protection des salariés en CDI ! A titre indicatif, la protection des salariés en matière de CDI (ou leur équivalent national) est plus importante aux Pays-Bas ou encore en République Tchèque ! Or ce ne sont pas des pays qui connaissent un fort taux de chômage.

Conclusion

Comme pour le coût du travail, c’est par aveuglement idéologique et pour défendre les intérêts d’une certaine classe que la droite socialiste au pouvoir, la droite traditionnelle, le patronat, et leurs relais médiatiques prétendent qu’il faut flexibiliser davantage pour lutter contre le chômage et la précarité. Heureusement, c’est assez simple de démonter leurs mensonges comme je viens de le faire.

 

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3 réflexions sur “La vérité sur la flexibilité

  1. Donc si l’on en croit votre analyse, il ne faut pas flexibiliser. Donc soit on ne change rien (6 millions de chômeurs dont majoritairement des jeunes non qualifiés), soit on renforce encore plus les droits des salariés et les rigidités du contrat de travail.. Il y a une chose très simple pourtant que vos brillants et définitifs calculs ne démontreront jamais: c’est que pour qu’il y ait des salariés, il faut des employeurs; et pour qu’il y ait des employeurs (ou des créations d’emplois), ils faut que ceux-ci aient confiance dans l’environnement car jusqu’à preuve du contraire, les patrons ne sont pas encore obligé d’embaucher. On verra donc ce qui se passe dans les mois qui viennent sur le terrain du chômage …

    • Comme je le montre flexibiliser ne permettra nullement de réduire le chômage. La conséquence sera d’appauvrir un peu plus les individus, un magnifique avenir en perspective donc…

      Pour qu’il y ait création d’emplois, il faut que les entreprises voient leur carnet de commande augmenter. Vous pouvez toujours flexibiliser, s’il n’y a pas de commande une entreprise n’embauchera pas et cela même si elle peut licencier comme elle le veut. Dans un éclair de lucidité, le patron de la CGPME (syndicat patronal), Jean-François Roubaud le reconnaît. Lorsqu’on lui demande en 2014 si les entreprises sont prêtes à embaucher en échange du pacte de responsabilité, celui-ci répond : « encore faut-il que les carnets de commande se remplissent ». « Jean-François Roubaud : “Il faut passer au plus vite aux actes, avec des mesures immédiates” »

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