Que penser de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ?

Les citoyens du Royaume-Uni ont voté par référendum, à la majorité, la sortie de l’Union Européenne. Est-ce inquiétant ? Est-ce une bonne chose ? Cela va-t-il avoir des conséquences importantes ?

A. Le référendum

Le référendum britannique du 23 Juin 2016 posait la question suivante : le RU doit-il a. rester un membre de l’UE, ou, b. quitter l’UE ? Les citoyens électeurs ont répondu b. à 52 %.

Rappelons d’abord que ce référendum n’était que consultatif et donc, n’a pas de conséquences législatives directes. Cependant, il est difficile d’imaginer que David Cameron (qui a annoncé sa démission) ou son successeur qui appartiendra au même parti – sauf élections générales qui pourraient voir un autre parti majoritaire – décide d’aller à l’encontre du résultat issu des urnes démocratiques.

Pourtant, ce ne serait pas si scandaleux de le faire. Après tout, un résultat 52-48 avec un fort taux de participation (plus de 70 % je crois) reste assez serré quoi qu’en disent les commentateurs. Ce n’a quand même pas le même impact que si c’était 70-30, 60-40 ou même 55-45 comme ça a été le cas lors du référendum français en 2005 à propos du traité constitutionnel européen (ce qui n’a pas empêché Sarkozy de finalement l’approuver quelques années plus tard s’asseyant ainsi sur la décision de la majorité des citoyens).

Ce serait d’autant plus légitime si des nouvelles élections parlementaires avaient lieu et que le parti les remportant eût fait campagne en expliquant clairement qu’il ne mettrait pas en œuvre le processus de sortie de l’UE. Cela donnerait une légitimité au non respect du référendum. Il est clair que cela paraît difficile à envisager. On voit mal un parti gagner les élections en arguant qu’il ne va pas respecter la décision, certes, purement consultative mais tout de même issue d’un référendum. Mais, à mon avis, c’est un coup à jouer pour le parti travailliste de Jeremy Corbyn, surtout que le parti Tory (conservateur) est très divisé sur la question. Bien sûr, dans ce scénario, des élections parlementaires sont convoquées. Or je ne pense pas que ce soit la volonté du gouvernement actuel ou du suivant.

B. Le Royaume-Uni n’a jamais été vraiment dans l’Union Européenne.

Le RU entre dans l’UE en 1973 grâce à un Prime Minister conservateur, Edward Hearth. A cette époque, le parti de la droite britannique voyait dans l’UE,appelée alors CEE (Communauté Economique Européenne), l’opportunité de mettre en place des politiques néolibérales de régression sociale, de privatisation, de dérégulation. La suite leur a donné raison…

Cependant, en 1984, Margaret Thatcher, qui, en bonne néolibérale, ne voyait dans l’UE qu’un marché et un moyen de détruire ce qui restait de protection sociale et de services publics obtient ce qu’on a appelé le « rabais britannique », c’est-à-dire que l’UE a permis au RU de réduire sa contribution au budget de l’UE (il paie moins que ce qu’il devrait).

En Février 2016, David Cameron prend l’UE en otage (avec son projet de référendum qui finalement se retournera contre lui) et obtient un statut « spécial » pour le RU, notamment en ce qui concerne les aides sociales pour les immigrés. Normalement, les pays européens ne doivent pas faire de discrimmination entre résidents, c’est-à-dire que vous soyez un Français, un Belge ou d’une autre nationalité, si vous êtes dans la même situation, vous touchez les mêmes aides sociales. L’UE a autorisé le RU à mettre fin à ce principe d’égalité.

Ces deux exemples montrent bien que le Royaume-Uni n’a jamais vraiment fait partie de l’UE. Il a toujours cherché à en tirer avantage, comme un parasite. De ce point de vue, le fait qu’il quitte l’Union Européenne ne me dérange pas plus que cela.
C. Conséquences
La première conséquence c’est un sentiment de tristesse. Tristesse de voir un pays qui a participé, participe et participera toujours à l’histoire de l’Europe quitté l’Union politique européenne. L’Union Européenne a d’énormes défauts, devrait être réformée en profondeur, mais elle a le mérite d’avoir tenté (et plutôt avec succès) d’établir une communauté européenne, un sentiment d’appartenance autre que national – même si celui-ci demeure et doit demeurer, les deux n’étant pas incompatibles. Je trouve malheureux qu’un pays qui a une histoire européenne aussi dense s’en exclue.

La deuxième conséquence est liée à la campagne électorale qui a eu lieu, aux arguments avancés par les partisans de la sortie de l’UE. Il faut se rendre compte que c’est par des arguments d’extrême-droite, xénophobes, que le Brexit l’a emporté. Ce n’est pas par des arguments défendant la fin de l’austérité, plus de régulation, plus de services publics, la fin de la concurrence, moins de privatisation, moins de marchandisation, la fin du dumping social et fiscal, une harmonisation fiscale, sociale, des conditions de travail, etc. L’argument ça a été : « l’UE ce sont des immigrés qui volent vos emplois et coûtent chers à notre (maigre) système de protection sociale » Remarquez l’incohérence de l’argument pourtant répété par les partis d’extrême-droite partout dans le monde : Si les immigrés « volent » des emplois, ils travaillent donc ne bénéficient pas ou très peu de la protection sociale. On ne peut donc pas, logiquement, les accuser de « voler » des emplois » et en même temps de « profiter » de la protection sociale. Mais aller faire comprendre ça aux cons d’extrême-droite… Ce référendum a été l’occasion pour l’extrême-droite de développer son discours xénophobe et la victoire du Brexit risque de donner des idées et renforcer les partis d’extrême-droite des autres pays européens.

La troisième conséquence est celle dont parlent les medias. C’est l’impact économique. Franchement, je suis très sceptique sur le fait que la sortie du RU de l’UE ait une grave conséquence économique. La bourse de Londres a baissé ? La Livre a baissé ? Ne vous inquiétez pas cela va remonter dans les mois qui viennent. Le RU ne va pas retourner à l’Age de pierre comme on pourrait le croire en entendant certains commentateurs. L’économie britannique reste solide, la baisse de la Livre va même favoriser son industrie exportatrice… Comme je l’ai dit, le RU n’a jamais été vraiment dans l’UE et surtout il n’a jamais été dans la zone Euro. Toutes les craintes formulées à ce sujet sont purement idéologiques, pour faire peur, et à mon sens, font le jeu de tous ceux qui veulent quitter l’UE ou en tout cas qui veulent une UE radicalement différente. Aussi, je leur dis : « continuez à prédire le pire, comme cela ne se passera pas, vous perdrez toute crédibilité et tout le monde comprendra que vous n’êtes que des charlatans qui défendent vos intérêts. »

D. Et maintenant ?

La Gauche française et européenne va devoir apporter les bonnes réponses à la crise d’euroscepticisme qui touche tous les pays européens et qui participe à la montée de l’extrême-droite. La Gauche doit combattre sur deux fronts.
Elle doit combattre les politiques néolibérales menées dans l’UE : austérité, dérégulation, destruction des services publics, privatisation, marchandisation de tout et n’importe quoi, dumping social, fiscal, des choses dénoncées depuis de nombreuses années mais qui n’ont jamais été vraiment traitées par les gouvernements – français et des autres pays européens – se prétendant de gauche. Tout cela est symbolisé par les projets de traité CETA et TAFTA, respectivement les traités transatlantiques entre l’UE et le Canada et entre l’UE et les USA. Ces politiques ont favorisé et peut-être même provoqué la résurgence de partis d’extrême-droite en Europe.

Cela m’amène au second combat de la Gauche : lutter contre l’idéologie d’extrême-droite qui envahit peu à peu la France, l’Europe et même les Etats-Unis. La Gauche doit expliquer que les discours de l’extrême-droite sont truffés de mensonges, d’incohérences et que les représentants de ces partis sont au moins aussi pourris que les représentants des partis traditionnels. La Gauche doit expliquer que l’immigration n’est pas le problème. Ce n’est pas l’immigration qui a conduit à la régression sociale, ce sont les politiques néolibérales menées depuis 30 ans. Mais cela ne signifie pas non plus qu’au nom de la défense de l’immigration, la Gauche doive sombrer dans le différentialisme encore appelé relativisme culturel. La Gauche ne peut accepter (par idéologie ou clientélisme) des atteintes à la laïcité, aux droits des femmes, aux droits des minorités. La Gauche doit défendre l’universalité des droits fondamentaux et non pas expliquer que les droits de l’Homme seraient à géométrie variable, comme le fait l’extrême-droite (lire la partie 3 de l’article A propos du FN).

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