Il faut sauver le Code du travail

Le Code du travail et le droit des salariés subissent depuis 30 ans des attaques menées par l’idéologie néolibérale et les politiques qui en découlent. En tant que libéral et socialiste, il me semble indispensable de mettre en pièces les mensonges qu’on entend régulièrement à propos de « la lourdeur du Code du travail », de montrer que le Code du travail n’est pas « un frein à l’emploi » et ainsi proclamer : « Sauvons le Code du travail » !

 

Dans cet article je vais traiter de quelques idées reçues, malheureusement trop souvent colportées par certains politiciens et certains médias à travers leurs éditorialistes, repris ensuite par des citoyens mal informés, afin de les tailler en pièces (les idées, pas les politiciens et les éditorialistes, bien entendu…).

(a) Le Code du travail est trop lourd parce qu’il y a trop de pages.

Le Code du travail serait trop complexe selon le patronat, la droite traditionnelle et la droite « socialiste » ( Valls, Le Guen, Macron, Collomb, entre autres). Pourquoi ? Parce qu’il possède « trop » de pages !

Observez d’abord comment ces individus jugent de la complexité d’une chose : son nombre de pages ! Si on suit leur raisonnement, la Critique de la Raison pure de Kant serait moins complexe que la saga Harry Potter !

Remarquez, ils ne sont même pas tous d’accord sur le nombre de pages que comporterait le Code du travail. Selon les Echos (30 avril 2014) il aurait 3900 pages alors que quelques mois auparavant (1er octobre 2013) le même journal donnait le nombre de 3700 (!), quant à l’ancien banquier Jean Peyrelevade, selon lui (Atlantico, 28 avril 2014) le Code du travail ferait 7500 pages ! Des estimations qui vont du simple au double ! Franchement, comment peut-on les prendre au sérieux !

J’ajoute que pour des individus qui prétendent être « moderne », « combattre l’archaïsme », « aller de l’avant », « s’adapter au nouveau monde », parler en terme de « pages » à l’heure du numérique est hilarant. Visiblement, ils ne sont pas aussi modernes qu’ils le prétendent et qu’ils le pensent.

Enfin ; pourquoi on entend toujours les néolibéraux du patronat, de la droite traditionnelle et de la droite « socialiste » attaquer l’épaisseur du Code du travail alors que le Code du commerce, qui pourtant s’applique lui aussi aux entreprises, n’est jamais pris pour cible alors qu’il fait sensiblement la même taille (en nombres de pages) que le Code du travail ? Pourquoi s’en prendre systématiquement au droit du travail ?

Nous avons bien ri aux idioties du patronat, de la droite et de la droite « socialiste », passons maintenant à plus de sérieux. Ce qui compte ce n’est pas le nombre de pages ou le nombre d’articles mais la lisibilité du Code du travail, c’est-à-dire le classement des articles, la simplicité de chacun (traite-t-il d’un seul objet, de plusieurs?), la rédaction des articles, leur cohérence, etc. Des choses qui ne s’évaluent pas en fonction d’un nombre de pages.

(b) En augmentant le nombre d’articles on a accru la complexité.

Il faut savoir que si le nombre d’articles a augmenté c’est au contraire pour rendre le Code du travail plus lisible. C’est ce qu’explique Patrick Quinteton, ancien inspecteur du travail, qui a travaillé en 2008 à la « recodification » souhaitée par Sarkozy. Le principe qui a guidé cette réforme était :« pour qu’un article soit compréhensible, [il] ne doit comporter qu’une seule disposition »2. Ce qui est plutôt raisonnable. On voit donc bien ici qu’une augmentation du nombre d’articles n’est pas synonyme de complexification, c’est même tout le contraire, le nombre d’articles augmente pour une meilleure lisibilité !

Ainsi le Code du travail est composé de huit parties :

  1. Les relations individuelles de travail
  2. Les relations collectives de travail
  3. Durée du travail, salaire, intéressement, participation et épargne salariale
  4. Santé et sécurité au travail
  5. L’emploi
  6. la formation professionnelle tout au long de la vie
  7. Dispositions particulières à certaines professions et activités
  8. Contrôle de l’application de la législation du travail

La partie 8. ne concerne pas directement les entreprises, elle organise l’inspection du travail.

La partie 7. ne concerne que certains salariés notamment journalistes, gardiens d’immeubles, employés à domicile, professionnels du spectacles, de la publicité, de la mode.

La partie 5. rassemble différentes choses. Aides aux entreprises, mesures en cas de difficultés économiques, organisation de Pôle Emploi, droits et devoirs des chômeurs.

On remarque ainsi qu’il y a déjà trois parties qui ne concernent pas vraiment la très grande majorité des entreprises.

Ajoutons que les TPE (Très Petites Entreprises) ne sont quasiment pas concernées par la partie 2 qui traite des délégués du personnel et des comités d’entreprise.

(c) Si le nombre d’article a augmenté c’est à cause des syndicats de salariés qui réclament plus de protection.

Si le nombre d’articles a augmenté c’est au contraire parce que le patronat n’a pas arrêté de réclamer des dérogations sur le temps de travail, sur les contrats : temps partiel, annualisation, CDD, forfait jours, plan de « sauvergarde de l’emploi » (qui permet d’augmenter la durée du travail légale sans contrepartie en cas de « difficultés économiques ») entre autres. Tout ça, ça fait des articles (et des pages) en plus !

(d) Le Code du travail empêche la flexibilité, ce qui empêche la création d’emplois.

Comme je l’ai signalé dans le paragraphe précédent, le Code du travail s’est épaissi justement parce que les gouvernements ont cédé aux désidératas du patronat réclamant toujours plus de flexibilité se traduisant par une multiplication des articles instaurant des mesures dérogatoires.

D’autre part, il a été prouvé dans l’article La vérité sur la flexibilité que la flexibilité n’avait aucun impact sur l’emploi : ce n’est pas parce qu’on augmente la flexibilité que le chômage diminue.

(e) Les prud’hommes sont trop favorables aux salariés.

71 % des jugements sont en faveur du salarié. Cela signifie-t-il que les prud’hommes penchent en faveur des salariés ? C ‘est peut-être plutôt le signe que lorsque les salariés portent plainte, ils ont raison de le faire. Si on fait le parallèle avec les Assises : parce que les Assises condamnent les meurtriers, les violeurs, devrait-on en déduire que les Assises sont trop favorables aux victimes ?

Je rappelle tout de même que le conseil prud’homal est composé à parts égales de juges représentant les employeurs et de juges représentant les salariés, élus, pour les premier par le collège des employeurs, des associés en nom collectif et des cadres dirigeants d’entreprise, pour les seconds par les salariés et les demandeurs d’emploi. De ce fait, la justice prud’homale est sans doute la justice la plus démocratique qui existe en France. Mais surtout, ce qui importe, c’est que la condamnation d’un employeur ne peut se faire qu’avec l’accord d’au moins un juge (voire deux) représentant des employeurs3. Les jugements prud’homaux s’en trouvent ainsi d’autant plus légitimes.

Cela prouve que si 71 % des jugements sont favorables aux salariés, c’est bien parce que les employeurs ont commis une faute.

(f) Le délai des prud’hommes est trop long.

Le délai entre le dépôt de plainte ou le dépôt d’une requête et le jugement est trop long en France, quelle que soit la juridiction, c’est admis par tous. Cela provient en grande partie d’un sous-investissement chronique dans le budget de la justice qui date de longtemps. Notons tout de même que les gouvernements sous François Hollande ont tenté d’inverser cette tendance et ont ré-alloué quelques moyens à la justice. Quoi qu’il en soit, est-ce que le délai des prud’hommes est plus élevé que celui des autres juridictions ? Pas tellement. Le délai moyen d’un jugement aux prud’hommes est de 14 mois, celui au tribunal correctionnel est de 11 mois, celui au tribunal pour enfants est de 21 mois, pour les Assises c’est 5 ans4, quant au tribunal administratif les délais moyens varient entre 7 mois et 36 mois. Il me semble que le tribunal des prud’hommes n’est pas un tribunal trop lent comparé aux autres. Surtout lorsqu’on sait qu’un tiers des conseils des prud’hommes a été supprimé suite à la réforme de la carte judiciaire de 2008 sous Sarkozy et Dati.

(g) Il faut plafonner les indemnités prud’homales, cela créera de l’emploi.

Cette idée reçue provient de la croyance selon laquelle les employeurs hésitent à embaucher parce que s’ils licencient lorsque les carnets de commande diminuent et que les salariés licenciés vont aux prud’hommes, ils risquent de payer des indemnités élevées. Sauf que ceux qui prétendent cela, non seulement, n’ont jamais eu à diriger ou à gérer une entreprise mais en plus, ne connaissent vraiment rien à la loi et au Code du travail. Je vais donc leur apprendre que le coût des licenciements économiques est encadré par la loi et les conventions collectives. Les indemnités prud’homales que le patronat, la droite et notre gouvernement de droite « socialiste » veulent plafonner ne s’appliquent que lorsque le licenciement est un licenciement pour motif personnel et qu’il est déclaré sans cause réelle et sérieuse, c’est-à-dire lorsque que c’est un licenciement illégal. Pourquoi la victime devrait être pénalisée ? Curieuse morale dont font preuve ceux défendent le plafonnement des indemnités prud’homales.

(h) Le Code du travail est inutile

C’est par la loi que le travail des enfants a été interdit et limité. En 1841, la loi du 22 mars le travail des enfants de moins de 12 ans est « limité » à 8 heures par jour, les entreprises de plus de 20 salariés ont interdiction de faire travailler des enfants de moins de 8 ans et le travail de nuit est interdit pour tous les enfants. Trente-trois ans plus tard, la loi du 10 mais 1874 interdit le travail des enfants de moins de 12 ans5. Etait-ce une mauvaise chose ? Pour être « moderne », faut-il revenir sur ces lois « passéistes », « archaïques » ?

Le Code du travail reconnaît l’existence d’accidents du travail et établit des règles pour les empêcher ou au moins réduire les risques. Non seulement c’est moralement juste mais en plus c’est économiquement efficace. Réduire les accidents du travail c’est aussi augmenter la productivité (je ne crois pas que la productivité augmente lorsque des salariés sont blessés ou meurent).

C’est le Code du travail qui instaure la durée légale du travail. Malheureusement, il existe beaucoup de dérogations à cette durée légale conduisant à une multiplication des articles comme je l’ai signalé plus haut. Certains pensent qu’il ne faut pas légiférer sur la durée du travail et laisser les entreprises décider. Or, lorsqu’on entend les syndicats patronaux, ceux-ci veulent augmenter le temps de travail (ce qui est logique de leur point de vue). Mais c’est absurde d’un point de vue économique. Nous vivons dans une société avec un fort taux de chômage, la solution la plus efficace pour le réduire c’est au contraire de diminuer le temps de travail. C’est ce qui est prouvé dans l’article Réduire le temps de travail pour réduire le chômage.

Bilan :

Certes, le Code du travail se lit beaucoup moins facilement que le journal de Mickey, néanmoins c’est loin d’être le Léviathan (en référence au monstre biblique) présenté par le patronat, la droite et la droite « socialiste ». Sans aucun doute il est possible de le simplifier, notamment en éliminant toutes les dérogations accordées depuis plusieurs décennies aux lobbies patronaux et qui contribuent à compliquer le Code et précariser les salariés. On pourrait également imaginer un service public consacré au conseil aux entreprises, en particulier pour les plus petites, fonction qui devrait d’ailleurs être assurée par les syndicats patronaux. Actuellement, c’est l’inspection du travail qui remplit ce rôle mais ce n’est pas en réduisant ses effectifs qu’on améliorera l’efficacité. Il faut également conserver et même renforcer les prud’hommes, un très bel exemple de justice contradictoire, paritaire et démocratique. Enfin, oui, le Code du travail protège les salariés mais protection des salariés n’est pas synonyme d’inefficacité économique comme je l’ai expliqué au point (h).


Notes :

1  Au passage je trouve assez navrant qu’on donne le nom d’une personne à une loi aussi réactionnaire. Je serais à sa place, je n’apprécierais pas d’être associé à une loi aussi nauséabonde.

2  Patrick Quinteton, Le Code du travail mérite-t-il d’être brûlé ?, Semaine sociale Lamy, n° 1684, Paris, 2 juillet 2015, cité dans l’article Le code du travail, garant de l’emploi, Le Monde diplomatique, janvier 2016 par Rachel Saada, avocate au barreau de Paris, spécialiste du droit du travail.

3   Héléne-Yvonne Meynaud, Du droit du travail au travail sans droits, Le Monde diplomatique, mars 2016.

4   Ibid. 

5  Rachel Saada, op. Cit.

 

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5 réflexions sur “Il faut sauver le Code du travail

  1. Je suis chef d’entreprise. J’ai une centaine de salariés. Voilà plus de 20 ans que j’exerce cette difficile tâche, sans y avoir été formé, mais sans en avoir abusé. Je suis comme la plupart des patrons de France, un « petit » patron. J’ai été confronté concrètement durant 20 ans à la réelle et objective complexité du Code du Travail. J’ai vécu les abus des tribunaux des prudhommes : je préférerais 100 fois des magistrats professionnels tant les abus y sont légion.
    Le Code du Travail français est une monstruosité qui n’est pas établie par le patronat mais bel et bien augmenté année après années par des parelementaires qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise, à part pour y serrer des mains en période électorale.
    Il ne protège personne hormis ses rédacteurs et quelques hurluberlus qui en font l’apologie sans avoir jamais eu à l’appliquer dans la vraie vie, durablement.
    Comme vous, j’ai l’impression.
    On ne peut pas être libéral ET socialiste, vous le savez bien, et vous jouez de cette incompatibilité.
    Un libéral réclamera que le droit de contrat prime sur l’accord de branche, voire même sur un Code du Travail imposé à l’identique pour tous.
    Un libéral réclamera que le salarié puisse quitter son entreprise avec peu ou pas de préavis, quelle que soit sa raison, des lors où son patron dispose du même droit.
    Un libéral réclamera la liberté de négociation au plus près du terrain et pas derrière des bureaux de ministre ou de centrale syndicale, quelle qu’elle soit.
    Un socialiste sera en revanche interventionniste, prétendra détenir la vérité absolue, et connaître mieux que les salariés, mieux que les patrons comme moi ce qui est bon pour eux, pour leurs entreprises.
    Bref, deux conceptions inconciliables du monde, sauf pour un schizophrène. Vous n’en êtes pas un, vos écrits sont argumentés, intéressants. Mais incohérents tant ils sont en contradiction profonde avec la vraie vie.
    Vous devriez faire de la politique ou du syndicalisme, vous avez le profil….

    • Bonjour, merci de votre réponse. Comme vous vous en doutez, je suis en total désaccord avec vous. Voici les points les plus importants.

      1. les tribunaux des prud’hommes sont paritaires (juges salariés et patronaux), ce sont justement des gens qui viennent « du terrain », ils sont élus, c’est je pense la justice la plus démocratique qu’il soit. les décisions des prud’hommes s’appuient sur la loi, si les condamnations patronales sont plus nombreuses, c’est parce qu’il y a davantage d’abus patronaux.

      2. ne soyez pas naïf. le lobbying vous connaissez ? le patronat réclame depuis plus de 30 ans maintenant des assouplissements, des dérogations sur les contrats (on a commencé avec les ENCAS, puis les CDD, puis les contrats encore plus précaires), sur le temps de travail. je détaille davantage dans le point (c). Si vous n’êtes pas convaincu et que vous avez du temps, allez sur le site de légifrance et regarder les articles du code du travail qui ont été modifiés ou créés, ces 20 dernières années (notamment sur les contrats et le temps de travail).

      3. Bien sûr que si on peut être libéral et socialiste, j’explique pourquoi ici. En fait, je pense que vous confondez libéral et néolibéral (deux choses qui n’ont rien à voir). En effet, on ne peut être néolibéral et socialiste, c’est incompatible.

      4.Un libéral défend la liberté effective des individus, autrement dit, que la négociation se fasse à rapport de force le plus égal possible, relisez Adam Smith qui l’a très bien compris, mais peut-être n’était-il pas libéral selon vous ? un libéral défend la démocratie, il défendra la démocratie au sein de l’entreprise. Contrairement à un néolibéral.

      5. Je ne sais pas ce que vous appelez la « vraie vie », je ne connais que la vie. Je me méfie des gens qui ont besoin de rajouter « vrai » à tous les substantifs, cela cache souvent quelque chose, peut-être justement parce qu’ils aiment bien dissimuler la vérité.

  2. Moi, je me méfie des gens qui rajoutent un préfixe devant « libéral » : neo, ultra, etc.
    Soit on est libéral, soit on ne l’est pas.
    Pour moi, libéral s’entend au sens de Bastiat, von Mises, Hayek, de Toqueville, etc.
    Et ces gens ont posé un principe très simple : on peut être libéral et de gauche (c’était le cas de Batiat), mais on ne peut pas être libéral et socialiste, les deux concepts étant par définition antinomiques. Pour le libéral, la liberté individuelle prime, et donc la responsabilité individuelle, le respect des droits naturels et de la propriété privée. L’Etat n’est légitime que dans ses fonctions régaliennes. Les libéraux de gauche savent que l’entraide, là solidarité fonctionnent et fonctionnent bien quand elles ne sont pas imposées par une quelconque autorité.
    Les socialistes peuvent et de Gauche, mais ils sont avant tout interventionnistes : l’état s’occupe de tout, intervient partout, réglementé tout, régule tout, et accaparé un nombre considérable des richesses créées pour assurer les fonctions qu’il s’arroge.
    On ne peut pas être à la fois libéral (au sens premier du terme, le seul qui vaille) et socialiste.
    Le néolibéral est une invention des socialistes en mal d’identité. Les mêmes qui nous parlent de politique d’austérité alors même que l’Etat distribué 57% du PIB, tout en ayant au préalable capté plus de 45% de la richesse crée. Et pour quel résultat ? Rien de probant, c’est un échec.
    Pour finir, le patronat dont vous parlez est souvent le MEDEF, et il n’est pas représentatif (au sens littéral, pas au sens juridique) des patrons de France. Pas plus que Sud ou la CGT ne sont représentatifs des salariés de France.
    Vous imaginez un instant qu’une fois dans sa vie Gérard Filoche a pu soutenir la position d’un patron envers son salarié fautif ? Franchement, les Prud’hommes sont un scandale et un déni de justice : cette dernière est ou n’est pas, mais elle ne saurait être « paritaire ».

    • Si cela ne tenait qu’à moi, je ne parlerais pas de « néolibéral », puisque cela sous-entend que les personnes désignées par ce terme sont « libérales ». Ce n’est pas le cas. Ils défendent non pas la liberté mais le droit de propriété. On pourrait inventer des néologismes : propriétariens, propriétophiles, juspropriétaires, etc. L’emploi du terme « néolibéral » vient du fait que certains politiciens ont accaparé le terme « libéral » pour justifier leur politique. Je pense notamment à Reagan et Thatcher. Leur politique n’avait pourtant rien de libéral. Pour distinguer leur politique d’une réelle politique libérale, on a employé maladroitement (en Europe) le terme « néolibéral ». On aurait mieux fait de parler de conservateurs ou de réactionnaires.

      Concernant Mises. Je dois avouer que sa théorie de l’action me laisse très perplexe. Mises nous dit que la preuve de la volonté d’effectuer une action réside dans l’action elle-même. Un individu va échanger parce qu’il va obtenir une meilleure satisfaction après l’échange. Sinon il n’échangerait pas. Déjà, là il y a un problème. Un individu échange parce qu’il croit qu’il va obtenir une meilleure satisfaction en échangeant. Ce n’est pas certain. L’individu peut après l’échange être insatisfait. Il y a une différence entre ce qu’on croit et ce qui est. Mais ce qui me choque le plus, c’est la circularité logique du raisonnement de Mises : Les gens échangent parce qu’ils veulent échanger. Quelle est la preuve ? Le fait qu’ils échangent ! On tourne en rond. C’est une pétition de principe, un serpent qui se mord la queue. Pire, cela peut justifier tout et n’importe quoi, puisque l’action se justifie elle-même !

      Concernant Hayek. C’est assez drôle de voir un des pourfendeurs de la sécurité sociale, s’inquiéter de ne pas avoir de couverture maladie s’il part enseigner aux USA, les assurances privées étant trop chères ! Il n’ira pas finalement, en tout cas pas tout de suite. On peut lire cela dans la correspondance entre Hayek et un des frères Koch (libertariens notoires) https://www.thenation.com/article/charles-koch-friedrich-hayek-use-social-security/

      Ce qui est encore plus drôle c’est d’entendre un Koch faire la promo de l’assurance maladie publique états-unienne.

      Concernant Tocqueville. Lorsqu’on justifie l’extermination des Indiens d’Amérique en expliquant que : « La Providence, en les [les indiens] plaçant au milieu des richesses du Nouveau Monde, semblait ne leur avoir donné qu’un court usufruit. Ils n’étaient là, en quelque sorte, qu’en attendant. Ces côtes si bien préparées pour le commerce et l’industrie, ces fleuves si profonds, cette inépuisable vallée du Mississippi, ce continent tout entier, apparaissaient alors comme le berceau encore vide d’une grande nation ». On comprend bien que les Indiens présents n’ont pas lieu de rester. On comprend également que c’est surtout « le commerce et l’industrie » qui intéressent Tocqueville quitte à priver des individus de leurs terres voire de la vie. Ce n’est guère étonnant quand on sait qu’il prétendait : « la race européenne a reçu du ciel ou acquis par ses efforts une si incontestable supériorité sur toutes les autres races qui composent la grande famille humaine que l’homme placé chez nous, par ses vices et son ignorance, au dernier échelon de l’échelle sociale est encore le premier chez les sauvages » (en gros le pire européen vaut mieux qu’un Indien d’Amérique, d’après Tocqueville). Je suis désolé mais je ne vois pas le libéralisme dans ces propos. C’est tout le contraire.

      J’avoue avoir du mal à comprendre comment quelqu’un peut en même temps expliquer que l’Etat est inefficace et en même temps vouloir lui confier des fonctions régaliennes (qui touchent justement aux droits fondamentaux). C’est dangereux ! C’est le reproche que je vous fait ainsi qu’à Bastiat. Je trouve cela incohérent.

      Je suis socialiste parce que je pense qu’il est nécessaire de socialiser certains biens ou marchandises.

      Je suis navré mais si vous relisez Adam Smith, lui-même estime que certains services doivent être publics ou socialisés. Adam Smith est-il selon vous un socialiste ou un libéral ?

      Vous dites que l’Etat distribue 57 % du PIB. Vous oubliez simplement que ces dépenses participent à la création du PIB. L’économie est circulaire. Les dépenses publiques servent certes à payer des emplois publics qui permettent le bon fonctionnement de l’économie (policiers, juges, enseignants (qui forment les futurs salariés), médecins, infirmier(è)s ( qui soignent les salariés et permettent le bon fonctionnement de l’entreprise), etc, tout ce monde consommera auprès d’entreprises privées. Ces dépenses servent aussi directement à payer des entreprises privées par exemple pour construire des routes, des aéroports, l’entretien d’infrastructures, etc. Regarder un simple pourcentage ne signifie rien. Vous devez regarder le détail et faire le bilan (comme dans un bilan de comptabilité).

      Le MEDEF n’est sans doute pas représentatif. Je suis davantage d’accord avec la CGPME qui, par la voie de son président, expliquait que baisser les charges ne servait à rien si les carnets de commande étaient vide. C’est le B-A-BA. Une entreprise fait des profits, embauche, quand son carnet de commande est plein.

      Concernant SUD ou la CGT. SUD n’est pas représentatif au niveau national contrairement à la CGT. Etant donné le nombre de voix qu’elle obtient lors des élections professionnelles, je ne permettrais pas de dire qu’elle n’est pas représentative. Tout comme la CFDT ou FO d’ailleurs.

      Concernant Gérard Filoche, je me base sur des faits et non pas sur ce qu’on imagine ou pas. Chacun imagine ce qu’il veut. Le mieux serait de lui demander. Je vous signale au passage que Filoche n’est pas juge des prud’hommes mais inspecteur du travail. Deux choses différentes.

      Pour obtenir une condamnation aux prud’hommes pour un patron (comme pour un salarié), il faut au moins qu’un représentant du patronat soit d’accord (idem pour le cas inverse pour le salarié). Je vois mal en quoi cela vous choque d’être jugé (si vous devez l’être) par des gens qui connaissent le terrain (patrons et salariés).

  3. No comment, il y aurait trop à dire, et l’expérience m’a appris une chose : on ne peut pas raisonner avec un idéologue, sa conviction tenant de la foi et pas de la raison.
    Un exemple : « Quelle est la preuve ? » Interrogez-vous sur la question de la,satisfaction de l’échange. Certaines choses peuvent être « vraies » sans pour autant qu’on ne puisse les prouver. Ainsi, si vous aimez vos enfants, votre conjoint, vos parents, demandez-vous si vous pouvez le prouver.
    Vous avez visiblement une grande culture que je n’ai pas. Vous avez lu et retenu de certains auteurs des éléments pertinents, certes, mais marginaux. C’est spécieux, vous et moi perdons notre temps en échange stérile.
    Au demeurant je préfère encore l’approche structurée, rationnelle, argumentée et cohérente de Philippe Fabry (que vous pouvez retrouver sur Contrepoints) : si vous le lisez vous aurez une explication (qui ne vous est pas destinée et qui peut ne pas vous convaincre, mais qu’importe) sur l’opposition formelle entre libéralisme et socialisme. Ces deux concepts sont par nature inconciliables. Comme l’eau et l’huile. Et il n’existe aucune émulsions stable des deux, ni aucun tensio-actif pour les mélanger durablement.
    Merci cependant pour votre longue réponse, que je relirai car elle contient des éléments intéressants que je creuserai volontiers.

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