La place de la religion dans les actes terroristes d’aujourd’hui.

La France et l’Europe connaissent depuis 2012, une vague d’attentats s’accélérant de façon inquiétante ces derniers mois. Ces attaques provoquent des tensions au sein de la société française (c’est d’ailleurs un des objectifs affirmés par les théoriciens-commanditaires de l’organisation terroriste « Etat-islamique ») ainsi que des débats vigoureux parmi ce qu’on nomme (quelquefois improprement) les « intellectuels » et parmi nos femmes et hommes politiques. Un des plus récurrents est celui du rôle de la religion dans les actes terroristes.Les uns déclarent que c’est la religion, l’islam en l’occurrence, qui est la principale, voire l’unique, cause de ces attaques, les autres, que la religion n’a rien à voir ou n’a qu’un rôle marginal dans ces attentats. Selon moi, ces deux propositions contraires sont fausses. Leur opposition repose sur une « déviation quant à l’usage ou la signification du terme »1: «religion ».

1. La religion : sens restreint/sens large.

Le débat sur le rôle de la religion dans les attentats que la France et l’Europe connaissent est mal posé dès le départ car il oppose deux positions intellectuelles qui n’ont pas la même conception de ce qu’est la religion, pour qui le mot « religion » n’a pas la même signification.

a. Sens restreint

J’identifie deux manières de concevoir la religion dans ce que j’appelle « le sens restreint ». A mon sens, la première ne peut être partagée que par des individus athées ou déistes. La seconde peut être partagée, en plus des athées et des déistes, par des théistes religieux laïques.

a. 1. La religion : une croyance individuelle, personnelle ?

Nous, athées ou déistes ou théistes irréligieux 2, avons tendance à nous méfier de la religion. Nous voudrions que la religion soit cantonnée à la sphère strictement individuelle, personnelle : chacun croit en ce qu’il veut et n’enquiquine pas le monde avec ça et en échange personne ne nous enquiquine sur nos croyances ou non-croyances. Cela signifie que pour nous la religion est synonyme de croyance individuelle qui ne regarde que chacun de nous. Si on envisage la religion en ce sens, il est certain qu’on ne peut l’accuser d’être la cause des attentats dont nous sommes victimes, puisqu’il existe alors autant de religions que d’individus : parler d’UNE religion n’aurait alors pas de sens. Et donc, puisque la religion serait affaire personnelle, on pourrait alors coller le terme « religieux » à n’importe quel acte terroriste ou « simplement » meurtrier. Autrement dit, le concept même de religion, dans ce cas, n’a aucun intérêt pour expliquer les attentats. Sauf que…

Bien que moi-même j’aimerais que les religions se restreignent à des croyances personnelles, je dois émettre au moins une critique à cette conception. On envisage ici une croyance individuelle (chacun croit ce qu’il veut) mais la particularité des religions c’est justement d’instituer une croyance collective (tout le monde croit à la même chose) et c’est bien cela le problème.

a. 2. La religion : contraire à l’extrémisme ?

Une autre conception restreinte de la religion, partagée aussi bien par certains athées, déistes ou théistes irréligieux, que par des croyants religieux laïques, c’est que tout extrémisme est incompatible avec l’idée de religion. La religion ne peut que prôner la tolérance. Là encore, si on acceptait cette idée alors la religion ne pourrait être (logiquement) responsable des attaques terroristes.

Cependant, cette conception, à mon sens un peu trop angélique de la religion, pose problème. Au nom de quoi devrait-on séparer les actes nobles, moraux, bienfaisants, commis au nom de la religion, des crimes, des actes abjects, commis au nom de cette même religion? Ne serait-ce pas être arbitraire, partial, que de classer les premiers comme actes religieux et les seconds comme actes non-religieux ? En France, nous parlons bien de « guerre de religions » lorsque nous évoquons les atrocités de la saint-Barthélémy.

Ceux qui défendent ce point de vue s’appuient en général sur les textes dits « sacrés » : Torah, Bible, Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran, Sunna, etc, dans lesquels il ne serait pas question de tuer. Mais la question qui se pose est la suivante : la religion se résume-t-elle aux seuls textes dits « sacrés » ?

b. Sens large

Lorsque je parle de « religion » dans le sens large, je parle d’une croyance collective, partagée par un certain nombre d’individus (les fidèles). Cela s’oppose donc à la conception du a. 1. Je parle aussi d’une croyance qui trouve sa source, son origine, dans des textes particuliers, mais je ne la réduis pas à cela.

La religion, au sens large, ce sont, certes, des textes dits « sacrés » mais ce sont également des interprétations de ces textes. La religion ce sont des pratiques, des règles de vie, de nature diverse : ne pas manger telle viande, porter un voile, ne pas avoir de rapport sexuel avant le mariage, ne pas avoir certaines pratiques sexuelles, etc. La religion ce sont des individus, un « clergé »3, formel ou informel qui va orienter, volontairement ou non, les comportements, les actions, de ses ouailles.

Si on intègre cette dimension lorsqu’on parle de « religion », on s’aperçoit assez vite que celle-ci peut représenter un risque terroriste en fonction des individus qui vont composer le clergé, en fonction de ceux qui vont être écoutés, en fonction des textes qui vont être considérés comme sacrés, en fonction des interprétations qui vont être données de ces textes, etc.

Dans toute la suite, sauf précision contraire, lorsque j’emploie le terme « religion », je l’entends dans le sens large.

2. La nature de la religion : antidémocratique voire totalitaire.

a. Antidémocratique

Toute religion repose sur deux piliers : le dogme et la foi. Or ceux-ci sont totalement incompatibles avec l’idéal démocratique et les principes qui l’organisent. La démocratie repose sur la liberté d’opinion, d’expression, le débat contradictoire. Pour un démocrate, le concept de « vérité » n’a aucun sens lorsqu’on l’applique à la politique dans son sens étymologique, id est « ce qui est relié à l’organisation de la cité (société) ». C’est tout le contraire du dogme qui se veut incontestable, dont on ne peut, dont on ne doit, pas discuter, puisqu’il renferme le sacré c’est-à-dire ce qui fonde, ce qui fait exister la religion.

La démocratie repose également sur la discussion et le débat contradictoire4. Pour qu’un débat contradictoire, un dialogue, ait lieu, cela suppose d’user de logique, de raisonnement rationnel, en totale opposition avec l’acte de foi qui consiste à croire en une chose sans avoir de preuves de l’existence de cette chose ou en tout cas si preuve il y a, elle n’est que personnelle (je pense ici à la révélation). Mais dans ce cas peut-on vraiment parler de preuve ? Une des fonctions essentielles de la preuve c’est de permettre à deux individus (a minima) de discuter ensemble. C’est ce qu’il pourrait se nommer « la fonction sociale de la preuve ». En effet, sans recours à la preuve, comment deux individus (que je nomme A et B) pourraient dialoguer et déterminer qui a raison entre A qui affirme que la Terre est plate et B qui affirme que la Terre est approximativement ronde ? La preuve permet de déterminer lequel de ces énoncés est vrai, mais également et surtout de convaincre A que ce que dit B est la vérité. Sans recours à la preuve, n’importe qui peut affirmer n’importe quoi. Cela montre qu’une preuve doit être quelque chose accessible à tous, qui ne peut donc rester uniquement personnel.

b. Une tendance totalitaire.

Cela concerne a minima certaines variantes de religion. Certains seront peut-être choqués de lire le terme « totalitaire » lorsqu’on parle de religion, mais il me semble que c’est assez évident lorsqu’on prend quelques exemples issus de diverses religions.

Avant cela je tiens à préciser ce que j’entends par « totalitaire ». Une organisation (ou un régime politique) peut être antidémocratique cela ne signifie pas qu’elle (ou il ) soit totalitaire. Etre antidémocratique cela peut signifier ne pas mettre en place des élections libres, ne pas respecter la liberté d’expression, la liberté de la presse, exercer un contrôle sur les médias, utiliser l’intimidation pour se faire élire ou acheter des voix électorales, etc, la liste n’est pas exhaustive. Etre totalitaire c’est aller encore plus loin, c’est s’introduire dans la vie privée, dans la vie intime des individus et imposer (ou interdire) au sein de celle-ci certains comportements. De cela on en déduit facilement que : totalitaire antidémocratique. Mais la réciproque est fausse. Après cette courte digression reprenons le fil : pourquoi la religion serait-elle totalitaire ? Quels exemples pour le prouver ? On peut citer la condamnation de l’homosexualité (qu’on trouve chez les trois monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam), le refus de l’avortement, les interdictions alimentaires, le port du voile5. Tous ces exemples montrent bien que la religion, quelle qu’elle soit, a tendance à vouloir non seulement réguler la vie sociale, la vie collective mais également la vie privée, intime des individus. C’est pourquoi je parle de tendance totalitaire.

c. Qu’en conclure ?

De tout cela faut-il en déduire qu’il faille interdire le culte religieux, la pratique religieuse et même la croyance religieuse ? Trois fois non ! Il faut simplement contenir la religion en dehors du champ politique. La religion ne doit pas se mêler de l’organisation de la société. C’est le principe de laïcité. Je fais remarquer au passage que contrairement à ce que certains prétendent, être laïque ce n’est pas être antireligieux. C’est même le contraire. La laïcité permet la coexistence pacifique de plusieurs religions ce qui n’est pas le cas dans des régimes théocratiques où une religion a accaparé le pouvoir politique.

Certains pourraient me rétorquer : « comment vous, qui vous prétendez libéral et démocrate, vous pouvez en même temps défendre l’existence de religions et en même temps souligner leur caractère antidémocratique ? » L’argument est sensé et mérite une réponse.

Chacun a le droit d’appartenir à une religion tout comme chacun à le droit d’appartenir à une association dont le fonctionnement n’est pas démocratique et même à une association à tendance totalitaire. Il faut distinguer fonctionnement (démocratique, dictatorial, totalitaire) et actes. On peut appartenir à une association qui ne fonctionne pas de manière démocratique par exemple une association où c’est une seule personne qui prend les décision sans consultation des autres membres, c’est la cas de la grande majorité des entreprises traditionnelles. La seule limite concerne les actes imposés par l’association à ses membres : par exemple, punition en cas d’avortement ou de pratiques sexuelles non conformes à la charte de l’association, obligation de se prostituer, de donner ou vendre ses organes. Tout acte qui bafouerait non seulement la loi mais aussi et surtout les droits fondamentaux des individus. Je fais remarquer que dans ce cas le fonctionnement démocratique ou non de l’association n’entre pas en ligne de compte : une association qui fonctionne de manière démocratique n’aurait pas plus le droit d’imposer cela à ses adhérents (c’est un point qui m’oppose régulièrement aux libertariens). Je signale même qu’il est sans doute contradictoire et parler d’association au fonctionnement démocratique pour une association qui mettrait en place de telles choses.

d. La violence, conséquence possible de la religion.

Tout mouvement, organisation ou idéologie, antidémocratique ou totalitaire, est un terreau propice à la commission d’actes violents. Nous venons de voir en quoi la laïcité, consubstantielle à la démocratie, permet de fortement limiter cette tendance. Certaines religions ou variantes religieuses s’y sont adaptées et s’y conforme plutôt bien. D’autres refusent clairement la laïcité (aussi bien parmi le christianisme, le judaisme ou l’islam). Je pense ici à la variante salafiste de l’islam6. Il y a donc bien une organisation religieuse, des individus religieux, un discours religieux, qui prônent la commission d’attentats en France et plus globalement en Europe et même dans le monde entier (puisque cette idéologie est tellement extrémiste et nihiliste qu’elle ne reconnaît aucun allié géopolitique (ce dont se rend compte d’ailleurs l’Arabie Saoudite…)). Peut-être utilise-t-elle des « idiots utiles » qui n’ont que très peu de culture religieuse, pour aller se faire tuer en se faisant sauter ou abattre par les forces de l’ordre après avoir massacrer le maximum de personnes, mais il y a bien des individus derrière, des chefs qui, eux, ont un dessein religieux (et qui feront tout pour ne pas mourir).

3. La religion : pas la seule responsable.

Il me semble très difficile de soutenir que la religion n’aurait aucun rapport avec les récents attentats (depuis 4 ans) menés en France, notamment parce qu’à chaque fois il a été possible d’établir des liens plus ou moins forts avec la religion et plus particulièrement avec l’islam extrémiste7. Cependant, ce serait aller un peu vite que de conclure que la religion est seule responsable de ces attaques.

Tout d’abord, il faut remarquer que les tueries de masse existent malheureusement depuis longtemps, notamment aux Etats-Unis. Dans l’immense majorité d’entre elles, la religion n’a joué aucun rôle. En Europe on se rappellera tristement du massacre perpétré en Norvège par un individu à l’idéologie d’extrême-droite. Plus récemment, l’enquête sur la fusillade dans un centre commercial de Munich a montré que les raisons de cet acte n’avaient rien de religieux. Cela montre qu’il n’y a pas besoin d’adhérer à une idéologie religieuse ou politique pour commettre des tueries de masse.

Par contre, plusieurs travaux8 ont permis d’établir la présence récurrente chez ces mass murders de certains facteurs sociologiques : traumatismes empêchant un processus de socialisation complet, rupture avec la famille, difficulté à construire une vie de couple, vie amicale quasi-inexistante, échec scolaire, précarité au niveau de l’emploi, sentiment que leurs échecs (souvent répétés) proviennent des autres ou d’un groupe mal identifié d’individus, victimes de bullying, (terme américain désignant les brimades et humiliations à répétition de la part de l’entourage familial, scolaire9, professionnel),¾ des tueurs de masse en ont été victimes. Il serait judicieux de comparer ces caractéristiques avec celles des apprentis jihadistes qui partent ou tentent de partir sur les fronts syrien ou irakien, puis avec celles de ceux qui ont commis ou ont essayé de commettre les récents attentats. En analysant les points communs et les divergences, il serait alors plus facile de déterminer la place et le rôle de la religion dans ces attaques terroristes et ce qui relève de facteurs sociologiques extra-religieux, la religion comblant peut-être certains manques, certaines lacunes, répondant à une attente, apportant une solution, certes extrême, au mal-être, à l’inadaptation réelle ou ressentie par les futurs terroristes. En effet, si on réfléchit rapidement à ce que signifie l’attentat kamikaze, c’est à la fois croire à une meilleure vie dans la mort (ce qui signifie une insatisfaction de la vie réelle) et en même temps se venger de ceux que le terroriste croit responsables de sa vie qu’il considère médiocre (à tort ou à raison).

Rappelons enfin qu’historiquement, tous les mouvements ou idéologies, extrémistes (guerres de religion, nazisme, maoisme, islamisme djihadiste par exemple) ont permis, en servant de prétexte, en désinhibant, à des individus de réaliser des fantasmes, des pulsions violentes, macabres, affreuses. Ce n’est pas l’idéologie nazie qui a conduit certains bourreaux à photographier, filmer leurs exactions, à s’amuser à réduire les têtes de leurs victimes afin d’en faire des presse-papiers ou autres objets. Ce n’est pas l’idéologie maoiste qui a conduit certains gardes rouges à des banquets cannibales, à s’amuser à exécuter certains « opposants » à la dynamite, à en ensevelir vivant, etc. Elles leur ont permis de le faire, leur ont donné l’opportunité et les moyens pour le faire mais s’ils l’ont fait c’est bien parce qu’ils éprouvaient une jouissance morbide à torturer, massacrer, violer et commettre toute ces atrocités.

Dans un genre complètement différent, si nous sommes horrifiés par les décapitations commises par l’organisation Daesh, nous ne nous émouvons pas tellement des décapitations qui ont lieu au Mexique. C’est pourtant une pratique assez répandue parmi les gangs criminels (qui poussent même l’abject à « jouer » au volley ou au foot avec la tête de la victime). Cependant, ils n’ont aucune idéologie, ni religieuse ni politique. Certes, cela permet de terroriser les cartels rivaux, les défenseurs des droits, les journalistes, mais qui peut croire que, là aussi, il n’y a pas en arrière plan un plaisir à commettre de telles atrocités ?

J’ai essayé de concilier deux points de vue, a priori contraires, concernant la place et le rôle de la religion dans les actes terroristes qui touchent la France depuis mars 2012. Ce serait faire erreur que de nier le fait que la religion (et plus particulièrement l’islam salafiste) tient un rôle de premier ordre dans la commission des récents attentats, sauf à considérer que les religions qui prônent la violence ne sont pas des religions. Ce point de vue me semble partial ou tout du moins provenir d’une conception différente de l’usage ordinaire du mot « religion ». A contrario, j’ai montré en quoi les religions sont, par nature, antidémocratiques voire totalitaires, deux caractères qui favorisent les tendances à la violence. Cependant, j’ai aussi expliqué que la religion n’était pas l’unique cause de ces actes. Les points communs sociologiques entre ces terroristes et les auteurs de tueries de masse « non-religieux » (aux USA notamment) semblent indiquer qu’il y a aussi des causes extra-religieuses qu’on ne peut négliger et qui expliquent, au moins en partie, leurs actes. Enfin j’ai aussi signalé qu’il ne faut pas oublier qu’à toutes les époques il y a eu des individus qui ont profité d’idéologies (religieuses ou non), de contextes, pour assouvir des pulsions ultra-violentes et commettre des atrocités.

Et maintenant ?

Une fois ce constat établi, que faire pour lutter et se protéger contre ce qu’on nomme le terrorisme islamiste ? A mon sens, le combat doit avoir lieu sur au moins trois fronts.

Au sein même de l’islam. En combattant les discours prônant la haine, la violence, en faisant le ménage parmi le clergé informel (imams, prédicateurs), peut-être même en réorganisant voire révolutionnant cette institution qu’est la religion musulmane. Mais sur ce point, la puissance publique laïque n’a pas à intervenir. Cela ne regarde que les croyants musulmans. Tout au plus, elle ne peut que leur faire constater que dans le monde, les premières victimes du salafisme sont les musulmans eux-mêmes. Il est donc dans leur intérêt de lutter contre les fanatiques islamistes.

Même si la puissance publique laïque n’a pas à se mêler de l’organisation du culte, elle a le pouvoir de condamner les discours incitant à la haine, au meurtre, les discours sexistes, homophobes, racistes, antisémites. Elle ne doit pas d’en priver. Elle a aussi les moyens d’organiser des services de renseignement, de mettre en place une sensibilisation, une prévention, pour lutter contre l’idéologie salafiste (et lorsque je dis cela, je ne pense pas à l’Ecole que certains croient la solution à tout, celle-ci peut avoir un rôle à jouer mais un rôle mineur, la sensibilisation doit concerner un public plus large que celui qui fréquente l’Ecole). Elle peut également mettre en place des centres de déradicalisation, ce qui permet non seulement de réduire le nombre de terroristes potentiels mais en plus, de pouvoir faire de la prévention auprès de ceux qui seraient tentées par l’aventure djihadiste, en faisant intervenir les personnes déradicalisées.

Enfin, dernier axe de combat, sans doute le plus fondamental mais également le plus difficile à traiter et celui qui portera ses fruits uniquement à long terme, trouver les causes extra-religieuses, sociologiques, qui conduisent certains individus à adhérer à cette idéologie religieuse nihiliste, totalitaire et ultra-violente. Que leur apporte-t-elle qu’ils ne trouvent pas dans cette société au sein de laquelle ils vivent ?10  Tant qu’aucune réponse valable ne sera trouvée à cette question, la lutte restera incomplète.


Notes :

1 Je me permets de reprendre ici les mots du philosophe Willard van Orman Quine issus de son essai Carnap et la vérité logique, in Les voies du paradoxe, aux éditions Vrin.

2  Je distingue ici déisme et théisme irréligieux. Le déisme est la croyance en un Dieu impersonnel, une sorte de principe, qui régit le Monde. Le théisme est la croyance en un Dieu personnel. J’y adjoints le terme « irréligieux » pour signifier que tout individu peut croire en un Dieu personnel sans pour autant adhérer à une religion. Cela ne concerne que lui.

3  j’emploie le terme « clergé » faute de mieux, dans l’islam il n’existe pas de clergé formel (sauf dans le chiisme iranien) mais je considère que les imams, certains prédicateurs font partie d’un clergé informel

4  La locution « débat contradictoire » est elle-même composée d’un terme logique (ou méta-logique) : « contradictoire », ce qui signifie que le débat contradictoire utilise la Logique. J’ajoute que la Logique formelle, standard, intègre cette dimension de débat, qui est très ancienne (on peut remonter au moins jusqu’à Socrate) dans son approche dialogique.

5  Cette prescription est toujours soumise à débat. Est-ce une prescription religieuse ou non ? D’après mon expérience personnelle, rencontres et lectures, elle n’apparaît pas dans les textes sacrés mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’est pas religieuse. On retrouve là la dichotomie à propos du sens accordé à « religion », restreint ou large.

6  ou salafiste djihadiste. Il y a un débat parmi certains intellectuels et universitaires pour savoir si c’est le salafisme (qui est une variante de l’islam) ou une variante du salafisme (le salafisme djihadiste) qui serait cause du terrorisme. On parlerait donc d’une variante d’une variante (!!!). Je crois que s’engager dans ce débat c’est pérorer pour pas grand chose.

7  Je rajoute ici l’épithète « extrémiste » (plus adapté que radical) à « islam » car même si j’ai expliqué précédemment que toutes les religions étaient de tendance antidémocratique et totalitaire, elles n’étaient pas nécessairement violentes dans les faits, notamment si la société était capable de les circonscrire hors du champ politique tout en les soumettant aux lois profanes et non pas aux lois sacrées.

8 On citera par exemple : Olivier Hassid, Julien Marcel, Tueurs de masse. Un nouveau type de tueur est né. Eyrolles, 2012

9  C’est un phénomène très développé aux USA.

10  Cela concerne aussi bien des lacunes, des failles dans l’organisation de notre société (absence de reconnaissance sociale, exclusion, fonctionnement frustratoire, discrimination…) que des choses qu’une société démocratique et libérale ne peut accepter (actes de tortures, viols, violences faites aux femmes, contre les homosexuels, …). Dans le premier cas, la société doit se remettre en cause mais pas dans le second. Dans le second cas, la société doit combattre les discours (au sens large) incitant, justifiant, faisant l’apologie et finalement engendrant, de tels comportements, et combattre ceux qui les diffusent. Là encore cela passe par une action à deux étages : sensibilisation, prévention, éducation d’un côté et répression de l’autre.

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Une réflexion sur “La place de la religion dans les actes terroristes d’aujourd’hui.

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