Trop de dépenses publiques ?

Les dépenses publiques sont-elles néfastes à l’économie comme le prétend la doxa politico-médiatique actuelle, incarnée par les politiciens de droite UMP-LR (les Juppé, Sarkozy, Fillon, NKM, Le Maire, etc), de droite « socialiste » (les Hollande, Valls, Macron, etc), certains éditorialistes (Giesbert, Barbier, Thréard, etc) et certains experts-économistes autoproclamés ? Un court article prouvant que ces chers comiques nous racontent des fadaises.

Toute cette clique, qui vit d’ailleurs souvent aux frais du contribuable, prône la réduction drastique des dépenses publiques accusées d’être inefficaces, d’appauvrir les individus en empêchant le bon fonctionnement du marché qui, lui seul, permettrait la meilleure, la plus juste, répartition des richesses. Que de conneries ! Regardons ce qu’il en est réellement.

A partir de la base de données du FMI1, j’ai mis en relation le montant des dépenses publiques par habitant des 192 pays traités par l’organisation avec leur PIB par habitant respectif (une mesure de la richesse des pays, certes contestable, mais souvent utilisée). J’utilise comme unité de mesure le dollar en PPA, c’est-à-dire en Parité de Pouvoir d’Achat. Cela permet des comparaisons plus justes puisque sinon cela signifierait qu’avec 1$ on peut s’acheter la même chose aux USA et au Bangladesh…

Voici le graphe correspondant à l’année 2014. La droite en pointillés rouge correspond à la droite de tendance.

depenses-monde

Lorsqu’on le calcule, le coefficient de corrélation pour cette série de données prend la valeur 0,90. Pour rappel, plus le coefficient de corrélation est proche de 1 plus il existe une relation positive forte entre les variables. Lorsque je parle de relation positive ou négative, cela ne signifie pas que c’est une « bonne chose » ou une «mauvaise chose », cela signifie seulement que les variables se déplacent dans le même sens (lorsque l’une augmente, l’autre fait de même, et lorsque l’une baisse, l’autre aussi).

Qu’en concluez-vous ?

Que les pays qui ont des dépenses publiques élevées sont les pays les plus riches ou encore que les pays les plus riches sont les pays qui ont des dépenses publiques élevées.

J’ai pris l’année 2014 mais si vous faites la même chose pour les 15 dernières années, vous obtiendrez des résultats similaires.

Voici par exemple la liste des coefficients de corrélation entre 2000 et 2014.

Année Coefficient de corrélation
2000 0,9438714536
2001 0,9548947771
2002 0,9419948027
2003 0,9288637487
2004 0,9119917054
2005 0,9038824854
2006 0,9130620409
2007 0,9131325479
2008 0,9112608555
2009 0,9295333515
2010 0,9118022632
2011 0,9084336239
2012 0,908712404
2013 0,8942695448
2014 0,9013865309
2000-2014 0,9438714536

Bien qu’on ne puisse pas en déduire directement que plus de dépenses publiques c’est plus de richesses, ce serait sur-interpréter les résultats, on peut a minima conclure que les dépenses publiques ne sont pas néfastes à l’économie d’un pays et à la richesse de ses habitants, contrairement à ce que prétendent les idiots qui veulent couper dedans.

Malgré l’évidence, certains me rétorqueront sûrement que je compare des pays aux situations économiques très différentes. Bien que ce soit en partie le but de cet article : montrer la relation positive entre dépenses publiques et situation économique (!) ; j’admets la remarque. Regardons donc ce qu’il se passe pour les économies développées dont la France fait partie.

Voici le graphe obtenu à partir de la base de données de l’OCDE2 pour l’année 2014.

depenses-ocde

Le coefficient de corrélation ici est encore de 0,90.

Qu’en concluez-vous ?

Que même lorsqu’on s’intéresse au sous-groupe des pays développés économiquement, la relation positive entre dépenses publiques et richesse reste très forte. Autrement dit, des dépenses publiques élevées ne pénalisent pas l’économie d’un pays développé et la richesse des habitants qui y résident.

Là aussi, pour bien montrer que l’année 2014 n’est pas une année différente des autres, voici la liste des coefficients de corrélation de 2000 à 2014. Ils sont tous très proches de 1.

Année Coefficient de corrélation
2000 0,9063452794
2001 0,906148285
2002 0,9125822301
2003 0,9163658918
2004 0,9208880009
2005 0,9168250074
2006 0,9200758838
2007 0,9200202355
2008 0,9181108322
2009 0,9286240981
2010 0,902582917
2011 0,9245778856
2012 0,9126969923
2013 0,896734176
2014 0,9026227519
2000-2014 0,9236877606

Ainsi, malgré ce que nous répètent en boucle les clowns désignés précédemment, les dépenses publiques ne sont pas néfastes à l’économie, il suffit de quelques minutes pour s’en apercevoir et surtout mettre de côté sa mauvaise foi et sa malhonnêteté.

Vouloir réduire les dépenses publiques comme le propose la droite néolibérale (droite UMP-LR ou droite « socialiste » ou encore le FN), c’est aller contre les lois économiques vérifiées empiriquement, et c’est prendre le risque d’appauvrir le pays et ses habitants.

 


Notes :

1  depenses-monde Fichier contenant la base de données extraite à partir du FMI  https://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2016/01/weodata/index.aspx

2     depenses Fichier contenant la base de données extraite à partir de l’OCDE http://www.oecd-ilibrary.org/economics/data/statistiques-de-l-ocde-sur-les-comptes-nationaux/panorama-des-comptes-nationaux_data-00369-fr


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Trop de dépenses publiques ? (2)

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7 réflexions sur “Trop de dépenses publiques ?

  1. Vous prônez l’augmentation des dépenses publiques mais vous oubliez une chose c’est que les dépenses publiques sont financées par l’impôt, autrement dit le vol légal.

    Vous pouvez faire tous les graphiques que vous voulez (où sont vos sources?), c’est un fait, l’impôt spolie le contribuable.

    Les individus n’ont pas besoin de l’Etat pour bien agir. Laissez-les faire.

    • d’abord parler de « vol légal » n’a pas grand sens. C’est un slogan politique. Ensuite, vous payez un impôt parce que vous bénéficiez des dépenses publiques payés par l’impôt : infrastructure, éducation, santé, justice, etc. Finalement le voleur ce serait vous, si vous refusiez de payer l’impôt. Comme un vulgaire parasite qui s’en va du restaurant sans payer.

  2. Deux choses :
    – une corrélation, même forte, n’indique pas le sens du lien de cause à effet supposé. On peut imaginer que plus un pays est riche, plus ses dirigeants sont tentés de ponctionner la bête. Dans tous les cas, rien n’indique dans ces chiffres que c’est « grâce » a fort niveau de prélèvement que les pays en question sont riches. Pour s’en convaincre, il suffit de relire Bastiat (pour les bases conceptuelles et la distinction semantique entre libéral et socialiste), ou plus récemment Robison et Acemoglu.
    – une corrélation, même forte, n’implique nullement un lien de cause à effet. Un petit tour rapide sur le site tylervigen.com suffit à le montrer.

    Il n’y a pas pire conclusion statistique que celle issue d’un raisonnement finaliste.
    Nous ne serons jamais d’accord sur tellement de points que j’en suis atterré…

    • si vous relisez bien mon article vous vous apercevrez que je ne parle pas de relation de cause à effet. par contre, je montre que la relation de cause à effet défendue par certains néolibéraux (plus les dépenses publiques sont élevées, moins l’économie se porte bien) est fausse.

      • Faite un joli graphique entre taux de croissance et taux d’endettement des états vous y verrez une jolie corrélation.

        Faite aussi un joli graphique entre taux d’endettement et taux de dépense publique vous y verrez aussi une jolie corrélation.

        Plus l’état dépense plus il s’endette plus il s’endette plus la croissance est faible.

        • Voici les résultat des relations que vous évoquées. J’ai pris les données OCDE depuis 2000.

          relation entre croissance et dette

          croissance-dette

          Le coefficient de corrélation est de -0,28.

          dette en fonction des dépenses publiques

          depenses-dette

           

          le coefficient de corrélation est de 0,30.

          On ne peut pas vraiment parler de corrélation forte.

          J’ajoute qu’en plus, il y a un biais à comparer taux de croissance et taux d’endettement puisque celui-ci se mesure en tenant compte du PIB. Autrement dit, lorsque la croissance est faible ou même négative, mécaniquement le ratio d’endettement augmente (même si la dette reste la même voire même si elle baisse). Idem dans le cas des dépenses publiques. Comparer dépenses publiques (en % du PIB) et taux de croissance ne veut pas dire grand chose puisque si la croissance est nulle ou négative, mécaniquement le ratio dépenses/PIB augmente. L’exemple le plus flagrant est celui de la Grèce ou de l’Irlande qui ont vu leur ratio augmenter lorsqu’il étaient en récession (voire en dépression) alors que les dépenses réelles diminuaient (par exemple lorsqu’on regarde les dépenses en milliards d’euros corrigées de l’inflation bien entendu).

  3. vos articles demandent recherches, tris dans vos « trouvailles »,synthèse claire et précise…BRAVO!!!!
    je lis cette dernière avec beaucoup d’intérêt et ensuite, de mon côté j’approfondis un peu :
    les sujets que vous traitez sont d’actualité et vous donnez un autre éclairage qui permet de comprendre autrement.

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