Qui veut la peau des dépenses publiques ?

Alors que j’ai montré précédemment que les discours sur le caractère néfaste des dépenses publiques étaient infondés, on trouve toujours des individus qui les pourfendent à longueur d’émissions, de discours, de programmes politiques ou d’articles. Qui sont donc ces personnes qui refusent la réalité ? 

1. Les hypocrites (ou dit plus trivialement les faux-culs).

Ils prônent la réduction (souvent drastique) des dépenses publiques alors qu’eux-mêmes en vivent grassement. Une liste non-exhaustive de tels individus :

François Fillon. Depuis 1976, il vit des dépenses publiques. Il a débuté assistant parlementaire puis a cumulé les postes de député, maire, président de conseil général, ministre. Sans compter les postes au sein du RPR ou de l’UMP (maintenant LR) financés en grande partie par les dépenses publiques (33 millions d’euros en 2010 http://www.cnccfp.fr/index.php?art=636.

Alain Juppé. A partir de 1972 il entre à l’inspection générale des finances. Ensuite, il obtient des postes au sein de différents ministères, puis des postes de conseillers ministériels, municipaux, des postes au sein du RPR, financés en grande partie par l’argent public (il en sait quelque chose…), des mandats électifs, des postes ministériels.

Nathalie Kosciusko-Morizet.A partir de 2007, elle occupe des postes au sein de différents ministères, puis enchaîne différents mandats électifs et postes ministériels.

Bruno Le Maire. A partir de 1998, Le Maire enchaîne les postes de conseillers, directeurs de cabinet au sein de différents ministère et même au sein du secrétariat général de la présidence de la République. Ensuite, il alterne postes électifs et postes ministériels.

Marine Le Pen. Marine Le Pen entre en 1998 au service juridique du FN, parti financé par des dépenses publiques (5,5 millions en 2013). A partir de 2004, elle enchaîne les mandats de députée européenne payés par de l’argent public (un comble pour une anti-européenne…)

Emmanuel Macron. En 2004, il devient inspecteur général des finances. Après un court intermède entre 2008 et 2012 pendant lequel il s’adonne au métier très productif (non je déconne!) de banquier d’affaires, il revient au bercail en enchaînant les postes de conseiller présidentiel puis de ministre.

Didier Migaud. Il est moins connu du grand public. C’est l’actuel président de la cour des comptes qui prône la réduction des dépenses publiques. Depuis 1988 il cumule les mandats de député, maire, président de communauté d’agglomération de Grenoble, puis président de la Cour des comptes. Autrement dit, s’il y a des dépenses publiques à réduire, on pourrait commencer par lui. Mais curieusement, il ne veut ni divulguer son salaire, ni réduire les dépenses de son institution…

Nicolas Sarkozy. A partir de 1983, il vit de la dépense publique en enchaînant les mandats électifs (maire de Neuilly sur Seine, député), les fonctions ministérielles et les postes au sein du RPR-UMP (maintenant LR), financés en grande partie par l’argent public.

Manuel Valls. En 1983 il est attaché parlementaire, puis devient conseiller régional et conseiller ministériel. Ensuite il cumulera les mandats de maire, député et les fonctions ministérielles.

2. Les opportunistes.

Ils sont moins connus que les précédents mais ont une grande influence sur leurs décisions. Leur caractère opportuniste vient du fait qu’ils ont un intérêt pécuniaire à la réduction des dépenses publiques. Ils sont bien entendu très présents dans le monde des assurances et de la banque. Pourquoi ? Puisque moins de dépenses publiques implique de devoir s’assurer auprès d’entreprises privées et moins de services publics impliquent la création d’entreprises privées pour les remplacer.

Ce n’est guère étonnant qu’on trouve dans ce cloaque :

Denis Kessler. Peu connu du grand public, il appartient au MEDEF mais surtout il a fait carrière au sein de l’assurance. Il veut nous ramener 100 en arrière au niveau du droit du travail et surtout n’aime pas les « riscophobes » (ceux qui n’aiment pas le risque). Assez curieux pour un assureur qui justement a horreur du risque, c’est bien pour cela qu’il exige des primes d’assurance élevée pour les personnes « à risque » (selon lui), voire même refuse de les assurer…

Claude Bébéar. Ancien président d’AXA. C’est un des membres fondateurs de l’Institut Montaigne, également membre de l’Institut Turgot, deux officines notoirement néolibérales, qui ont comme obsession la baisse drastique des dépenses publiques

Michel Péberau. Président de la banque BNP Paribas. Ancien Inspecteur général des Finances qui a participé à la privatisation de la banque qu’il préside actuellement (vous avez dit conflit d’intérêts ?). Il est connu pour son militantisme afin d’inculquer « l’esprit d’entreprise » aux élèves à l’école dès leur plus jeune âge. On pourra lire sur le sujet Enseigner l’entreprise. Nouveau catéchisme et esprit scientifique de Christian Laval et Régine Tassi aux éditions Nouveaux Regards et Syllepse.

Plus étonnant (?), on trouve des économistes très médiatiques, souvent payés par le contribuables qui pourtant pourfendent, dès qu’ils le peuvent, la dépense publique. Lorsqu’on y regarde de près ce n’est pas si étonnant, puisqu’ils appartiennent aussi à des entreprises privées, notamment des banques/assurances. Citons par exemple :

Olivier Pastré. Enseignant à l’université Paris 8 mais aussi président de la banque tunisienne IMBank, membre des conseils d’administration du Crédit Municipal de Paris (CMP Banque), de l’Association des directeurs de banque ou encore de l’Institut Europlace de finance. Il intervient régulièrement dans le journal Le Monde, sur France Inter, sur France Culture, sans qu’on mentionne ses accointances avec le monde de la finance.

Jean-Hervé Lorenzi. Enseignant à l’université Paris-Dauphine de 1992 à 2012 mais aussi membre du conseil d’administration de BNP Paribas Assurance, entre autres.

Christian Saint-Etienne. Enseignant au Conservatoire National des Arts et Métiers, conseiller de Paris (donc vivant des dépenses publiques) mais aussi, conseiller au sein du Conseil stratégique européen, un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. I

Jacques Mistral. Ancien enseignant à sciences-po puis polytechnique, conseiller ministériel. Il est aujourd’hui administrateur de BNP Parisbas Assurance.

On retrouve également des anciens hauts fonctionnaires qui ont participé à la vague de dérégulation, de privatisation menée en France à partir du milieu des années 80.

Philippe Lagayette. Ancien inspecteur des finances, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors (donc payé par des dépenses publiques), il rejoint le fonds d’investissement JP Morgan en 1998.

Jean-François Cirelli. Ancien haut fonctionnaire, membre du cabinet présidentiel de Jacques Chirac, il rejoint le premier fond de gestion d’actifs au monde BlackRock.

On pourrait égrener beaucoup d’autres cas. Pour en savoir plus, je vous renvoie au livre Les Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi ou au film éponyme réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat.

Ce phénomène n’est pas uniquement français. Prenons deux exemples emblématiques extra-français.

José Manuel Barroso, ancien président de la commission européenne a été embauché par la banque d’affaires Goldman Sachs.

Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne à la concurrence, elle a toujours prôné une politique de dérégulation, déréglementation. Elle a été embauchée par l’entreprise Uber (qui justement n’aime pas trop la régulation et la réglementation) et la banque Bank of America.

3. Les panurgiens (ou encore les idiots utiles).

Ils forment le gros des troupes. Ils prônent la réduction des dépenses publiques sans trop savoir pourquoi. Ils bêlent bêtement ce que leur disent ceux des deux premières catégories. Pourtant ils n’ont aucun intérêt à la réduction des dépenses, bien au contraire. Si les dépenses publiques baissent, ils devront payer de leur poche, des assurances privées, des entreprises privées qui fourniront un service remplaçant celui qui était fourni par le service public. Et en général, ils paieront plus chers pour un service de moins bonne qualité. Voilà pourquoi je les appelle aussi les idiots utiles (ou encore les G. C. (Gentils Cons)).

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